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La condamnation du Machu Picchu ?

« Un million d’arbres pour le Machu Picchu et sa zone tampon », c’est le défi que s’est proposé de relever le Pérou en 2020, afin de tenter de sauver « la vieille montagne », traduction du nom quechua « Machu Picchu ».

Cette ancienne cité inca, datant du XVe siècle, se situe dans les Andes péruviennes, à 80 km de Cuzco, lovée entre le Huayna Picchu (« jeune montagne ») et le Machu Picchu, à 2438 mètres d’altitude. En contrebas, coule la rivière Vilcanota-Urubamba. La forêt amazonienne commence non loin de là. Il s’agit donc à la fois d’un écrin biologique et culturel, classé patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO et sanctuaire historique au sein du Service National des Aires Naturelles Protégées par l’État (SERNANP1).

Ce site spectaculaire de plus de 37 000 hectares se trouve néanmoins menacé par plusieurs facteurs, notamment le tourisme de masse et la déforestation. Ce sont en effet plus d’1,5 millions de touristes qui visitent chaque année les ruines incas. Face au risque de voir le complexe archéologique ajouté à la « Liste du patrimoine mondial en péril »2 par l’UNESCO, le gouvernement péruvien a d’ores et déjà pris un certain nombre de mesures, qui ont été modifiées et adaptées, au fur et à mesure de leur mise en pratique.

Initialement, et après une étude réalisée entre 2002 et 2005, une capacité de charge avait été calculée, qui fixait à 2500 le nombre maximum de touristes autorisés par jour. Une fois ce chiffre atteint, le site fermait ses portes aux visiteurs. Très critiqué, le règlement a été modifié en janvier 2019, après une nouvelle étude réalisée en 2015 : désormais, il n’est plus question de « capacité de charge », mais de « simultanéité maximum raisonnable ». Concrètement, il s’agit de réguler les entrées tout au long de la journée, afin qu’il n’y ait jamais plus de 2500 personnes sur le site au même moment, et jamais plus de 5600 visiteurs au total sur une journée. Les visites sont ainsi divisées en trois tranches horaires et, une fois le nombre maximum de réservation en ligne atteint, il n’est plus possible de se procurer d’entrée. Par ailleurs, le temps maximum de visite du site a été fixé à quatre heures.

Mais la régulation de l’accès au site archéologique n’est pas la seule mesure prise par les autorités. Une autre consiste en un vaste programme de reforestation, visant à lutter contre les problèmes récurrents d’inondations et de glissements de terrain, notamment durant la saison des pluies, et contre les incendies, durant la saison sèche. L’initiative « Un million d’arbres pour le Machu Picchu et sa zone tampon » vise à reforester 11 000 hectares, soit 29,23% de l’aire naturelle protégée, dans neuf secteurs du sanctuaire et de sa zone tampon, à l’horizon 2022. Le SERNANP met également en avant les avantages de cette reforestation pour l’adaptation au changement climatique et la captation du carbone. Le projet allie institutions publiques, ONG, ainsi que le secteur privé, notamment des opérateurs touristiques, ayant évidemment leurs intérêts dans la zone. En janvier, les premières plantules ont ainsi été mises en terre : il s’agit exclusivement d’espèces natives – andines ou amazoniennes selon le secteur – et l’accent est mis sur le reboisement des berges.

Il est évident qu’aucune des parties impliquées dans cet ambitieux projet de reforestation n’agit exclusivement pour le bien de l’humanité et la défense de l’environnement, mais y défend surtout ses intérêts économiques : les touristes, nationaux comme étrangers, dynamisent l’économie locale et nationale, et l’interdiction d’accès au sanctuaire serait lourde de conséquences à toutes les échelles. Cependant, si la reforestation est menée à bien, l’objectif de restauration de l’écosystème aura été atteint – que cet objectif soit vu comme principal ou secondaire selon les parties prenantes –, ce qui vaut la peine d’être applaudi.

Ce qui pose davantage problème, c’est la décision simultanée du gouvernement péruvien de lancer la construction d’un aéroport entre la ville de Cuzco et le site archéologique, afin de fournir aux voyageurs un accès plus aisé au site inca. Un aéroport capable d’accueillir de 6 à 8 millions de voyageurs par an…bien loin, donc, des 5600 visiteurs maximums autorisés par jour. Et il est fort à parier que d’autres infrastructures viendront s’ajouter à celle-ci, multipliant les problèmes liés au changement d’usage des sols et augmentant d’autant plus la pression urbanistique sur cette zone déjà fragilisée.

D’autres initiatives sont également à analyser avec circonspection, comme celles proposées par certaines agences de voyage, invitant les voyageurs à souscrire leurs services en échange d’un arbre planté. Est-il véritablement établi que les dommages causés lors des visites sont compensés par les bénéfices apportés par la plantation d’un arbre, ou ne s’agit-il ni plus ni moins que d’un argument fallacieux ? L’avenir nous le dira.

  1. Servicio Nacional de Áreas Naturales Protegidas por el Estado 

  2. « L’inscription d’un site sur la Liste du patrimoine mondial en péril permet au Comité d’accorder immédiatement au bien menacé une assistance dans le cadre du Fonds du patrimoine mondial. (…) L’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril n’est pas perçue de la même manière par toutes les parties concernées. Certains pays demandent l’inscription d’un site pour focaliser l’attention internationale sur ses problèmes et obtenir une assistance compétente pour les résoudre. D’autres, cependant, souhaitent éviter une inscription qu’ils perçoivent comme un déshonneur. » https://whc.unesco.org/fr/158/ 

Tags : Climat, Écologie, Développement Durable